Métaux lourds dans l’océan : l’ONG Expédition 7e Continent donne l’alerte

par SID MOKHTARI pour Midi Libre

Les débris bien plus pollués que les emballages neufs.

L’analyse des déchets plastiques dans l’Atlantique révèle de très fortes concentrations de métaux lourds

L’ONG Expédition 7e Continent, dont le bateau a Sète comme port d’attache, agit pour améliorer la connaissance de la pollution des mers par le plastique. Notamment en prélevant des échantillons dans les gyres, ces gigantesques tourbillons d’eau océanique qui concentrent d’énormes quantités de déchets.

L’étude des débris prélevés lors d’une expédition effectuée dans l’Atlantique Nord en 2015 réserve une mauvaise surprise : de fortes concentrations de métaux lourds retrouvées sur différents échantillons. Bien plus importantes que celles dans les emballages en plastique neufs.

Ainsi, certains plastiques collectés peuvent contenir jusqu’à 4284 µg/g (*) de cadmium alors que les emballages neufs contiennent moins de 0,01 µg/g ! Les plus fortes concentrations concernent le titane, le vanadium, le zinc, l’arsenic, le strontium, le molybdène ou encore le cadmium.

(*) microgramme par gramme.

Deux sources de pollution

Ce phénomène s’explique à la fois par l’incorporation de métaux lourds lors de la fabrication des emballages neufs et par le fait que, une fois réduits à l’état de déchets et se retrouvant dans les mers et océans, ils “attirent” des métaux lourds déjà présents dans l’eau.

Les explications d’Alexandra Ter Halle (*), responsable du volet scientifique de 7e Continent : “Les métaux lourds retrouvés dans les plastiques ont deux origines. D’abord, ils sont incorporés au moment de la fabrication pour conférer certaines propriétés aux plastiques. Le titane est, par exemple, antioxydant. Ensuite, une fois dans l’eau, du fer et d’autres métaux qui sont jusque-là dissous dans l’eau, se précipitent à la surface des plastiques“.

Quelles peuvent être les conséquences pour la santé humaine ?

Nous faisons l’hypothèse que les métaux lourds, majoritairement concentrés à la surface des plastiques, sont plus disponibles que s’ils avaient été à l’intérieur. Et donc plus facilement transférés dans leur organisme lorsque les animaux marins les ingéreront.

Les pistes de recherche à explorer prochainement seront donc de savoir s’il y a un transfert de ces métaux dans la chaîne alimentaire. Et donc un risque de plus pour la santé de la faune marine et pour l’Homme“.

De précédentes études avaient déjà mis en lumière le fait que de nombreux polluants organiques, ou inorganiques, peuvent s’associer aux débris de plastique dans les océans. Ces nouveaux travaux montrent la complexité des mécanismes de fixation et de libération des métaux lourds sur les débris de plastiques. Et de nombreuses recherches seront encore nécessaires pour comprendre ces mécanismes.

(*) Alexandra Ter Halle est chercheuse au CNRS au sein du laboratoire Interactions moléculaires et réactivité chimique et photochimique de l’université Paul-Sabatier de Toulouse. Elle a travaillé avec d’autres scientifiques du CNRS, de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) et de l’Université de Rennes.

Les nanoparticules, menaces invisibles

En 2016, les scientifiques de l’Expédition 7e Continent avaient prouvé, pour la première fois, la présence de nanoparticules de plastique dans l’Atlantique.
Les rayons solaires démultiplient cette source de pollution, à tel point qu’un débris de quelques millimètres produit 1000 milliards de nanoparticules !

Ces nanoparticules invisibles et extrêmement insidieuses peuvent être facilement ingérées par les organismes marins et, par là, peuvent contaminer toute la chaîne alimentaire.

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