Un été coupé du monde : à 51 ans, il traverse le Pacifique à la nage – Le Parisien

Premier homme à avoir traversé l’Atlantique à la nage il y a 20 ans, Benoît Lecomte, un architecte français de 51 ans, crawle depuis le 5 juin pour vaincre le Pacifique. Un exploit humain doublé d’une expédition scientifique.

Par Emilie Torgemen

Benoît Lecomte, le 5 juin. © AFP / Martin Bureau

Palmes aux pieds et revêtu d’une combinaison de néoprène, Benoît Lecomte crawle huit heures par jour au milieu de l’océan Pacifique, difficile de faire plus isolé. Nous avions annoncé son projet fou de traverser le Pacifique à la nage pour alerter sur la pollution plastique des océans. Et bien voilà, le quinqua s’est jeté à l’eau le 5 juin depuis une petite plage à l’est de Tokyo pour 9 000 km de nage en solitaire.

En maintenant une vitesse moyenne de 4,6 km/h, son rythme de croisière, Benoît Lecomte atteindra la Californie au bout de six mois. Aucun être humain n’a encore accompli un tel exploit, baptisé The Longest Swim, la nage la plus longue.

Un planning de «pensées» pour ne pas devenir fou

« Le plus dur est de s’occuper l’esprit car lorsqu’on nage toute la journée en combinaison, on a très peu de sensations. On reproduit toujours les mêmes gestes, il n’y a que le bruit de l’eau et on ne voit que du bleu dans son masque », explique Benoît que nous joignons au téléphone sur le voilier où il se repose chaque nuit. A la fin de sa journée de nage, il monte en effet à bord du bateau chargé de près de 3 t de nourriture qui l’accompagne. Avant de reprendre, grâce à un marqueur GPS, à l’endroit exact où il s’est arrêté la veille.

Celui qui assure n’être pas un excellent nageur, mais plutôt un aventurier, explique que pour ne pas devenir fou, il s’est concocté un planning de « pensées ». « J’essaie chaque heure de réfléchir à un événement différent, confie cet architecte dans le civil. La première heure, j’essaie par exemple de revivre un anniversaire, de me souvenir des odeurs, de la chaleur du soleil ce jour-là. La deuxième heure, je m’amuse mentalement à construire un gratte-ciel, etc. ». Des techniques partagées par les Robinson du monde entier : astronautes, alpinistes, aventuriers et… otages.

L’exploit humain doublé d’une expédition scientifique

Choschi (Japon), le 5 juin. Benoît Lecomte va parcourir 9 000 km de Tokyo à San Francisco. © AFP / Martin BUREAU

« S’il pouvait, il se passerait du bateau, Ben a un mental d’acier », témoigne Paul Lecomte, son neveu qui l’accompagne avec des médecins, scientifiques et cameramans pour documenter cette traversée.

L’exploit humain se double en effet d’une expédition scientifique, regroupant huit projets de recherche pilotés par de grandes institutions. Un bracelet attaché à la cheville du cobaye volontaire permettra notamment de mesurer au fil du parcours, la concentration de césium libéré suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima. « Aucun danger pour Ben, rassure Paul Lecomte. L’objectif est de recueillir des informations sur le déplacement de ces substances radioactives dans l’océan.

Cette « baignade » n’a rien d’une promenade de santé. Il faut une sacrée dose de motivation pour se replonger dans les eaux glacées chaque matin comme on retourne au turbin. Le quinqua s’est entraîné pendant sept ans, depuis les Etats-Unis où il vit. Au départ du Japon, Ben a subi un typhon. Et a dû rebrousser chemin et patienter une semaine avant de se remettre à l’eau.

«J’ai déjà croisé quelques requins, quatre en fait»

Dans les premiers jours et surtout les premières nuits, Ben, comme l’équipage qui le suit, ont été frappés par une « épidémie de mal de mer », l’estomac retourné par la houle. Le nageur de l’extrême a dû se frayer un chemin parmi des déchets plastiques de tous types (des bidons entiers comme des fragments qui flottent entre deux eaux.) « Ah oui, signale-t-il presque en passant. J’ai déjà croisé quelques requins, quatre en fait.»

Mais Benoît n’en a pas peur. Il est plutôt heureux d’apercevoir des ailerons. « Ils sont très curieux et ne sont pas là pour manger les hommes » explique-t-il. Ses coéquipiers ont tout de même un engin répulsif à mettre à l’eau, s’ils trouvent qu’un de ses poissons mangeurs d’homme a un comportement menaçant. Avec un doute, tout de même, les grands blancs qui croisent au large de la Californie ne dévoilent pas leurs intentions car ils fondent sur leur proie par en dessous.

Benoît Lecomte se décrit lui-même comme « un aventurier qui aime nager ».  © The Longest Swim

Le premier homme à traverser l’Atlantique il y a 20 ans

C’est un récidiviste. En 1998, Benoît Lecomte a été le premier homme à traverser l’océan Atlantique à la nage sans planche. A l’époque, il voulait lever des fonds pour la recherche contre le cancer en hommage à son père. La traversée a duré 73 jours pour 5 900 km. Quand il a posé sa première palme à Quiberon (Finistère), il avait lâché: « Plus jamais ». « Après une telle épreuve, je vous jure que je le pensais et me revoilà », plaisante-t-il.

Après un mariage, des enfants, il annonce en 2011 sa volonté de traverser l’océan Pacifique à la nage : The Longest Swim, près de 9 000 km de crawl, soit une fois et demie plus que son précédent record. Il a passé les sept dernières années à s’entraîner aux Etats-Unis où il vit. L’objectif est d’alerter sur la pollution des océans alors que 8 millions de tonnes de plastique y sont déversées chaque année.

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